Tapage de pieds

Le tapage de pieds

Introduction

 
Jouer de la musique québécoise à l'harmo, c’est beaucoup d'amusement. Taper du pied tout en jouant c’est beaucoup plus d'amusement. Ce tapage de pieds qui laisse bien souvent le néophyte pantois fait partie intégrante de la musique québécoise et peut facilement être exécuté tout en jouant. Il semble même très improbable de pratiquer ces mélodies sans cette rythmique de base. N'oublions pas que cette musique est originellement de la musique de danse. Les pieds sont ici ce qui enracine rythmiquement ces mélodies, et ils sont essentiels quand il n'y a pas d'accompagnement.

Nous parlerons ici de tapage de pieds et des "tapeux d’pieds", pas de la podorythmie, art beaucoup plus complexe, pratiqué par Alain Lamontagne, Michel Bordeleau ou Normand Legault, un des meilleurs gigueux au Québec. Nous sommes là dans une pratique qui est au-delà de la portée de ce livre. Essayer d'expliquer le tapage de pieds par écrit avec les 26 lettres de l'alphabet revient à décrire une peinture à un aveugle. Nous avons un peu conscience du problème. Malgré tout, rien ne nous arrête.

La plupart des tapages de pieds se font sur les reels (qu'on les écrive en 2/4 ou en 4/4), mais rien n'interdit de le faire sur du 6/8. Nous aborderons dans le cadre de cette méthode le modèle de base pour le reel, le tapage en trois (parce qu'on y entend un TA GA DA TA GA DA caractéristique), utilisé par 99% des musiciens (et que vous pouvez par exemple entendre au début de "Hommage à Edmond Pariseau" sur le CD d'accompagnement). Nous présenterons malgré tout brièvement le tapage en quatre.

Le tapage en trois

Prêts ? Mettez de préférence des chaussures à semelles dures, de bonnes vieilles chaussures des dimanches d'autrefois, par exemple. Installez-vous confortablement sur une chaise stable avec un bon dossier. Nous prendrons pour commencer un morceau  facile : le "Reel des noces d'or". Il faut que vous en possédiez parfaitement la mélodie pour ne pas avoir à vous en soucier quand vous devrez la jouer. Faites tourner le morceau sur votre platine et essayez de taper tous les temps du pied droit comme vous le feriez spontanément en écoutant de la musique (nous parlons ici pour les droitiers. Les gauchers, habitués depuis longtemps, feront comme d'habitude…ils s'adapteront en inversant tous nos propos). Tapez ces temps en levant tout le pied, pas en vous contentant de taper de la pointe.

Comptez 1 et 2 et 3 et 4 et 1 et 2 et 3 et 4, etc. 1 et 3 représentent les temps forts, 2 et 4 les temps faibles. Les "et" représentent les contretemps.  Tournez ainsi le morceau pendant un petit moment : votre pied tape sur 1,2,3,4 et vous comptez mentalement les "et". Quand vous êtes à l'aise, stoppez la mélodie et reprenez ce tapage en ralentissant très nettement le rythme, ne comptez plus et essayer d'introduire votre pied gauche dans cette percussion de base en suivant le schéma ci-dessous et en pensant au TAGADA caractéristique du tapage de pieds.. 

Pour être à l'aise, essayez d'être décontracté au maximum, de ne pas vous crisper. Souciez vous plus du déplacement vertical que du déplacement d'avant en arrière, et ceci pour deux raisons. Vous serez tout d'abord plus percussif dans votre tapage et ensuite vous économiserez beaucoup d'énergie. Taper plusieurs heures de suite dans un bal peut vite devenir épuisant si vous ne dosez pas votre tapage de pieds. En fait, il faut éviter les grands mouvements d'avant en arrière ou de haut en bas, il faut "travailler à l'économie", le  plus  près possible de sa chaise.. Une fois que vous maîtriserez le principe de base, il sera toujours temps de vous en éloigner et de vous forger votre propre style.

            Au final pensez au son caractéristique du galop du cheval dans les westerns…TAGADA, TAGADA, TAGADA. C'est ce son dont vous devez vous approcher. Pensez que votre pied droit garde un tempo immuable dans lequel vient s'intercaler votre pied gauche. Mieux…écouter les disques et essayer par vous-mêmes.

 

Le tapage en quatre

 

 

Vous aurez un jour l'occasion d'écouter le violoneux Louis "Pitou" Boudreault et là, vous serez surpris car on n'y entend plus ce Ta Ga Da caractéristique du tapage en trois. En fait, Pitou tape en quatre, on devrait même dire en huit, puisqu'il frappe toutes les croches. Les deux silences sont remplacés par un tapement du pied gauche. A la limite, cela peut être plus facile dans un premier temps car il n'y a plus cette dissymétrie entre les deux pieds. Essayez et vous verrez…

Quand vous maîtriserez l'une des deux techniques, essayez d'y apporter un maximum de variété. Le plus simple c'est de marquer des contretemps en tapant deux fois successivement du pied droit ou d'alterner le tapage en trois et le tapage en quatre, pour ponctuer des fins de phrases par exemple. Dans tous les cas, c'est la musique qui vous guidera. Vous pouvez entendre un exemple de contretemps à la reprise de la partie B du “Reel de la petite chapelle de bois".

Pour ce qui est de se former l'oreille, signalons les enregistrements suivants :

Louis “Pitou” Boudreault violoneux, raconteur, Portrait du vieux Kébec,  vol. 2 (Le Tamanoir OP-219, 1974).

Louis “Pitou” Boudreault violoneux, Portrait du vieux Kébec, vol. 12 (Le Tamanoir TAM-512, 1976).

Louis Boudreault : Old Time Fiddler from Chicoutimi, Quebec (Voyager VRLP-322-5, 1977).

Louis “Pitou” Boudreault: Musique et danse traditionnelle du Saguenay - Lac-Saint Jean (réédition OP-219 & TAM 512 ; Le Tamanoir TAM-27018, 1978).

Géographie sonore du Québec : Saguenay-Lac Saint Jean (Les Editions Patrimoine, PAT 2000, 1982).

Michel Brault et (and) André Gladu ont par ailleurs réalisé un (produced a) film “Pitou Boudreault, violoneux” (Nanouk Films, 1975) dans le cadre de la série de (in the series) l'ONF “Le son des français d'Amérique”.

Grey Larsen / André Marchand : Orange tree  (Sleepy Creek Music SCM 101, 1993) : sur le morceau (on the tune) “Turlutte acadienne” on y entend là aussi du tapage de pieds en quatre (on that tune, there’s some tapping in fours).

Alain Lamontagne : n'importe quel CD

La Bottine Souriante : n'importe quel disque sur lequel figure Michel Bordeleau.

 

Les charbonniers de l'enfer : chansons à cappella, (Auto production, 1996) : sur la chanson (on the song) “La luette en colère” on peut entendre un bon exemple de tapage en 6/8

 

 

 

 

 

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